Sir JOHN A. MACDONALD: Je laisse à la Chambre et au pays à décider
si l'honorable député, dans son long et élaboré discours, a établi son
droit de censurer le gouvernement, s'il a prouvé que nous nous étions
rendus coupables de négligence, d'oppressions, et de mauvaise
administration. Mais il y a une chose sur laquelle il ne peut y avoir
le moindre doute de l'un ou l'autre côté de la Chambre, c'est que
l'honorable monsieur par son discours a fourni gratuitement aux avocats
de Louis Riel un plaidoyer des plus habiles. J'ose dire qu'aucun des
avocats de ce malheureux ne pourra énoncer ou produire d'arguments
semblables à ceux que l'honorable monsieur a discutés aujourd'hui sans
tenir compte des Conséquences qui pourraient en résulter comme il le
sait.
M. LISTER: Qui les a provoquées?
Sir JOHN A. MACDONALD: Vous pouvez ricaner, mais vous verrez, cette
Chambre verra dans le discours des avocats de Riel, lorsque son procès
aura lieu dans très peu de jours, que la substance, la base, le point
culminant, et le fond de cette défense seront les discours de
l'honorable monsieur. Et delà, dès la début. Depuis le commencement de
cette session, chaque motion que l'honorable député a faite, chaque
question qu'il a posée, chaque document qu'il a demandé-tout a été fait
dans un seul but, dans la vil et misérable but de trouver à redire
contre le gouvernement, plutôt que d'obtenir justice pour les gens du
Nord-Ouest.
Je démanderai à cette Chambre si le discours de l'honorable monsieur
n'a pas été d'un bout à l'autre une justification et une excuse de la
révolte du Nord-Ouest ; une justification, une excuse du meurtre.
Quelques DÉPUTES: Non, non.
Sir JOHN A.MACDONALD: Une justification, une excuse de l'anarchie.
M.CAMERON (Huron): Vous êtes les criminels.
Sir JOHN A. MACDONALD: Toute la conduite de l'opposition, chaque
remarque qu'elle a faite dans cette Chambre et en dehors de cette
Chambre, n'a en d'autre objet que d'insulter le gouvernements-sans
s'occuper des conséquences d'une pareille conduite. Quel souci vont-ils
des intérêts du Nord-Ouest, M. l'Orateur, pourvu qu'ils puissent faire
du scandale ? Que leur importe que le Nord-Ouest en souffre ? Ils
administreront un pays en banqueroute plutôt que de rester dans
l'opposition. Voilà leur politique. Ils gouverneront en enfer plutôt
que de servir dans le ciel.
Certaines choses sont pourtant de nature à attirer l'attention dans le
discours de l'honorable monsieur, c'est qu'il n'a fait allusion que par
accident aux événements intérieurs à 1878-1879. Oh! comme il a été
discret sur la politique du gouvernement dont tantôt il était ministre
et tantôt ne l'était plus. De plus, M. l'Orateur, il n'a pas osé une
seule fois, dans son discours de sept heures, dire que les prétendus
grief des Métis étaient fondée.
M. BLAKE: Ecoutez, écoutez.
Sir JOHN A. MACDONALD: Il est vrai qu'il a énuméré leurs griefs, qu'il
est descendu dans les voûtes et dans la salle de lecture cherchant des
vieux journaux de l'Ouest et citant des paragraphes de ces journaux
pour prouver que le gouvernement avait mal agi. Il est vrai que chaque
fois qu'il a cité ces paragraphes, il s'est écrié: Il n'y a pas de
réponse, donc la reponse a état supprimée.
M. CAMERON (Huron): Elles l'ont été aussi.
Sir JOHN A. MACDONALD: L'honorable député de Huron-Sud-non, le député
de Huron-Sud-il ne dirait pas cela, car il est un gentilhomme
politiquement parlant-mais je crois qu'il se trompe. C'est l'honorable
député qui siège en arrière de lui qui a dit cela. Je disais; que le
chef de l'opposition n'a pas dit dans tout son discour;qu'il était
juste ou légal de placer les réclamations; des Métis du Nord-Ouest sur
le même pied que celles des Métis du Manitoba.
Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Parce que le gouvernement dont il était
membre à décidé solennellement qu'ils n'avaient pas droit à ces
réclamations. Son gouvernement a déclaré que les Métis n'avaient pas
plus de droits que les colons blancs ; mais que l'honorable monsieur
fût ou non membre du gouvernement à cette date précise, alors que le
gouvernent Mackenzie décrivit sa politique dans une dépêche solennelle
qu'il (M. Blake) a entre ses mains et dont il a lu une partie ce soir,
mais il ne l'a pas toute lue; dans cette dépêche l'honorable député de
Bothwell déclare que les Métis n'ont aucun droit.
L'honorable monsieur (M. Mills) ose-t-il nier qu'il ne l'a pas lue ou
du moins qu'il n'en a pas lu une partie. Eh bien, M. l'Orateur, je vais
la lire, une dépêche solennelle portant la date du 3 février 1878,
écrite par la lieutenant Gouverneur d'alors, M. Laird. Je vais la lire
en entier, cette dépèche, elle est adressée à l'honorable député de
Bothwell, ministre de l'intérieur:
"J'ai l'honneur de vous présenter ci-jointe la pétition de certains
Métis de Saint-Laurent, au sujet de certaine matières affectant leurs
intérêts dans ce pays. Leur pétition est adressée au
lieutenant-gouverneur des Territoire du Nord-Ouest ; mais comme elle se
rapporte à des matières placées pour la plupart sous le contrôle du
parlement et du gouvernement fédéral, l'on m'a requis de la transmettre
au gouverneur général en conseil. J'espère que vous aurez la bonté de
la soumettre au conseil aussitôt que possible."
Aussitôt que possible-l'honorable monsieur désire beaucoup que cela se fasse promptement :--
"Si c'est l'intention du gouvernement de nommer de nouveaux membres
dans le conseil du Nord-Ouest, la requête des pétitionnaires demandant
qu'ils soient choisis parmi les anciens habitants du pays est bien
digne de considération. Il est important que la politique concernant
les terres suivie par le gouvernement à l'égard des anciens colons et
autres demeurant dans le territoire depuis plusieurs années, soit
connue. Il me semble qu'ils ont droit à quelque moyen plus facile et
plus prompt....."
Plus prompt!.....
"d'acquérir un titre à un établissement que les dispositions de l'Acte
des Terme Fédérales concernant les homessteads. Pour prévenir des
contestations entre voisins, il est grandement désirable que les
arpentages des terres le long des principales rivières, soient faite
avec toute la diligence possible."
Veuillez déposer cette carte sur la bureau et voir quelle diligence l'on a apportée aux arpentages.
"Quant à la demande de secours, sous forme de semence, d'instruments
aratoires, etc., elle est semblable à la demande qui a été faite, par
les Métis de la Rivière de l'Arc durant les négociations du traité des
Pieds Noirs, requête que je vous ai transmise et recommandée à
l'attention favorable du gouvernement."
Cela est signé par M. Laird. Voici, M. l'Orateur, la réponse du
gouvernement, à laquelle l'honorable monsieur a fait en partie
allusion, mais qu'il n'a pas lue en entier:--
"Département de l'Intérieur, Ottawa, 18 mars 1878."
Le gouvernement a abandonné la pouvoir, je pense, en octobre 1878.
Un DÉPUTÉ: En septembre.
Sir JOHN. A. MACDONALD: Non, en octobre. Il aurait dù le faire en septembre, mais il ne l'a pas fait.
"Monsieur,-J'ai l'honneur d'accuser réception de votre dépêche, n.47 du
13 ultimo, transmettant une pétition que vous ont adressée certains
Métis de la paroisse de Saint-Laurent au sujet des diverses affaires
qui affectent les intérêts des Métis dans le Nord-Ouest. Vous êtes prié
annoncer aux signataires de la pétition que je présenterai leur
pétition avec un très grand plaisir-"
M. Mills aura beaucoup de plaisir; je lui demande pardon, le ministre de l'intérieur du jour aura beaucoup de plaisir --
"à Son Excellence le gouverneur-général en conseil. Dans l'intervalle,
s'il était nécessaire de nommer d'autres membres encore au conseil du
Nord-Ouest, je serai en état de demander que d'anciens résidents du
Nord-Ouest soient nommés-"
non élus.
"à ce poste, et qu'un d'eux si possible, soit d'origine française.
L'opportunité de faire une loi qui fournisse aux Métis des moyens plus
prompts de se procurer des titres que ceux que leur offre l'acte des
terres fédérales a, depuis quelques temps, attiré mon attention."
Eh bien, il est entré on fonction en 1873.
M. MILLS: Non.
Sir JOHN A. MACDONALD: Eh bien ! le gouvernement est arrivé au pouvoir
en 1873, et je suppose que son prédécesseur n'était pas muet; son
prédécesseur était aussi capable que l'honorable monsieur lui-même; il
avait la même responsabilité, et l'honorable monsieur lui ayant succédé
au même ministère, a assumé toute la responsabilité de ce que son
prédécesseur avait ou n'avait pas fait.
"Relativement à la demande d'un arpentage prochain le long des
principales rivières, je dois vous dire d'annoncer aux pétitionnaires
que l'arpentage des terres a déjà été fait en partie et sera continué
aussi rapidement que le permettront les fonds à la disposition du
gouvernement."
Quelques DÉPUTÉS: Ecoutez ! écoutez !
Sir JOHN A. MACDONALD: Exactement; mais ce gouvernement n'a pas jugé à
propos de demander de fonds; s'il en avait demandé, il en aurait reçu.
Les choses en restèrent là.
"La demande des pétitionnaires que le gouvernement les aidât à acheter
des instruments aratoires, des grains, etc., je dois le dire, ne me
semble pas devoir être accordé. Je ne comprends pas comment les Métis
peuvent réclamer qu'on les traite sous ce rapport, autrement que les
colons blancs des territoires."
J'approuve les remarques de l'honorable monsieur.
"Les Métis qui, sous certains rapports, ont l'avantage sur les colons
blancs, devraient comprendre la nécessité pour eux de se fixer dans
quelque localité et d'employer toute leur énergie à l'agriculture et à
l'élevage du bétail ; et dans ce cas on leur assignerait des terres
comme aux colons blancs. Mais au delà de ce point ils ne doivent point
s'attendre à ce que le gouvernement leur aide. Les pétitionnaires, en
supposant que le gouvernement a donné des instruments aratoires et des
grains à quelque autre classe de colons blancs du Nord-Ouest sont dans
l'erreur. On a avancé de l'argent dans quelques cas à certains colons à
la condition expresse que cet argent serait remboursé au gouvernement
par ceux auquels il était prêté. Je puis ajouter que le résultat de
cette démarche n'a pas engagé le gouvernement à recommencer."
Il y a cette dépêche dans laquelle l'honorable ministre de l'intérieur,
administrant les affaires du Nord-Ouest, dit aux Métis qu'ils n'ont pas
à cette époque plus de droit que les colons blancs, et qu' étaient
alors les réclamations des colons blancs ? Tout simplement que tout
homme âgé de 18 ans et plus allant des autres provinces s'établir au
Nord-Ouest obtiendrait 160 acres de terre, et que s'il cultivait sa
terre pendant trois ans, il pourrait obtenir des lettres patentes.
C'étaient les réclamations et les seules réclamations qu'eût le blanc
qui se rendait là d'Ontario, de Québec et de toute autre province du
Canada; il pouvait obtenir 160 acres gratuitement, et s'il voulait
acheter, il pouvait avoir 160 acres de plus en vertu du droit de
préemption.
L'honorable monsieur déclare donc que les Métis n'ont pas d'autres
droits que ceux-là. Rappelez-vous que l'honorable monsieur dit, et dit
très à propos, que les Métis ont sous certains rapports, un grand
avantage sur les nouveaux colons qui immigrent dans ce pays.
Il dit que les Métis, qui, sous certains rapports, ont un avantage sur
les nouveaux colons, devraient être convaincus de la nécessité de se
fixer dans des localités. Les Métis connaissaient les conditions et les
effets climatériques du pays, et ils savaient que s'ils ne cultivaient
pas la terre, ils auraient à chercher ailleurs leurs moyens de
subsistance. Ils connaissaient Ie pays ils y étaient nés et y avaient
été élevés.
La vérité, c'est que le mécontentement qui s'est élevé au Nord-Ouest a
eu d'autres racines plus profondes que le seul mécontentement que les
Métis et autres ressentirent en n'obtenant point leurs patentes et
leurs droits. Le mécontentement est aussi ancien que le transfert de
cette contrée au Canada par la Compagnie de la Baie-d'Hudson. D'abord,
les gens de la Compagnie de la Baie-d'Hudson furent très mécontents de
ce que la Compagnie les détrônait ainsi. C'étaient les gens les plus
influents du pays, les souverains de la contrée et ces gens firent tout
ce qu'ils purent secrètement faire pour empêcher le gouvernement de
prendre possession du pays.
Ce mécontentement se communiqua aux blancs, aux Métis, et peut être jusqu'à un certain point aux sauvages.
Il continua toujours à augmenter d'année en année. Jamais les Métis
n'ont été contents de la cession de la contrée au Canada. Ils étaient
consentants de rester libres sous la Compagnie de la Baie-d'Hudson,
mais ils ne voulaient pas passer sous la domination du Canada. On sait
qu'en 1870 il en résultat un soulèvement. La révolte fût réprimée, mais
le sentiment qui l'avait fait naître resta au fond des coeurs, et en
1874 M. Gabriel Dumont était encore rebelle.
C'est avec beaucoup de respect que je parle de monsieur Gabriel Dumont.
Je parle de lui avec un grand respect, parce qu'il s'est conduit comme
un brave, bien qu'il fut un rebelle et qu'il ait commis des crimes pour
Iesquels, s'il est trouvé coupable, advenant son procès, il devra payer
de sa vie. Cependant, tout Ie monde doit avoir pour lui un respect
qu'on n'aura certainement pas pour Louis Riel.
En 1874, Gabriel Dumont formait un gouvernement provisoire. Il ne fut
jamais satisfait de vivre sous la couronne britannique ; et il a une
lettre du gouverneur Morris, en date du 22 juin 1874, contenant un
râpport de John McKay parlant de la conduite de Gabriel Dumont. Or
l'honorable monsieur parle de John McKay comme d'un homme honorable, et
il est aussi, je crois, un homme respectable ; et M. McKay à cette
époque ne disait que Dumont travaillait à former un gouvernement dans
lequel il serait président. Depuis, ce sentiment s'est conservé. Les
réclamations des Métis ne sont qu'un prétexte, le désir véritable des
hommes Comme Dumont était de briser le lien qui unissait leur pays au
Canada et le rendre indépendant d'une manière ou d'une autre. Tous les
griefs qu'on a allégués ne sont que purs prétextes pour couvrir un
principe enraciné dans l'esprit du-peuple de cette contrée, celui de
constituer un gouvernement indépendant pour le Nord-Ouest.
Or, j'ai parlé des actes faits par le gouvernement de l'honorable
député d'York-Est (M. Mackenzie). J'ai en une dépêche de l'honorable
député de Bothwell (M. Mills) lorsqu'il était ministre de l'intérieur,
dans laquelle il démontrait que les Métis, en tant que Métis, n'avaient
pas plus de réclamations que les blancs.
Mais, M. l'Orateur, on a prétendu que le gouvernement avait négligé les
réclamations des Métis, que le secrétaire d'État avait fait une
affirmation malheureuse et inexacte en disant que les Métis n'avaient
pas eu recours à leur droit de réclamer,par pétition, et l'honorable
monsieur a cité plusieurs pétitions du Nord-Ouest venues avant la chute
du gouvernement qui nous a précédés, et il demande comment il se fait
que nous ayons été assez aveugles pour ne pas savoir q'un semblable
état de choses existait. C'est là de l'histoire ancienne, M. l'orateur,
comme l'a dit l'honorable monsieur.
Ces plaintes furent formulées avant 1878, et C'est le Ministère dont
faisait partie l'honorable chef de l' opposition aujourd'hui qui a dit
dans sa réponse que les Métis n'avaient aucune réclamation à faire, pas
plus que les blancs qui avaient été s'établir dans la Nord-Ouest.
L'honorable monsieur a lu et cité, comme s'il se fût agi d'un document
condamnant le gouvernement, une lettre signée par M. Mathew Ryan,
ci-devant magistrat stipendiaire au Nord-Ouest, mais qui ne l'est plus,
dans laquelle, parlait des droits des Métis du Nord-Ouest, il dit:
"Ayant été nommé magistrat stipendiaire le 1er juin 1876, pour les
territoires du Nord-Ouest, je fus aussi averti par le ministre de la
justice que ma commission pour m'enquérir des réclamations de terrains,
devait être considérée en force pour une année encore, afin de
permettre Aux Métis du Nord-Ouest, incapables de se rendre auprès des
commissaires du Manitoba, de faire valoir leurs réclamations devant
moi. Dans l'accomplissement de ce devoir, je découvris qu'un grand
nombre de Métis n'avaient aucune réclamation en vertu de l'acte parce
qu'ils ne résidaient pas dans le Manitoba lors de la cession, 15
juillet 1869. Je puis ajouter que l'exclusion cause beaucoup de
mécontentement. Je ne manquai pas de presser qui de droit, à plusieurs
reprises, d'appliquer le remède que demandait la situation."
A qui se sont-ils adressés ? Aux honorables messieurs de la gauche.
Dans le cours des années 1876-77 et 78 ils en ont appelé au
gouvernement composé des honorables messieurs de la gauche; et dit
qu'ils en ont appelé à plusieurs reprises. Il a fait des demandes
réitérées en faveur de ces pauvres gens, mais aucune mesure n'a été
prise par les honorables messieurs de l'autre côté de la Chambre pour
remédier aux griefs des Métis. Comment pouvaient-ils y remédier ?
L'honnorable ministre avait déclaré que les Métis n'avaient aucunes
revendication à exercer, et il ne pouvait conséquement prendre des
mesures pour les régler. De 1873-74 à 1878, pas une mesure n'a été
prise par le gouvernement pour écarter les mécontentements, s'il y en
avait, ou remédier aux griefs, s'il en existait ; pas une démarche eu
lieu pour que les revendications de ces pauvres gens, pour lesquels
l'honorable monsieur a tant de sympathies, fussent prises en
considération ou qu'on répondit à leur pétition.
L'honorable monsieur a là plusieurs documents, dont, dit-il,
quelques-uns n'ont pas eu de réponse, ou, d'après lui, ces réponses ne
figurent pas parmi les documents. En janvier ou février 1878, une
pétition demandant le redressement des griefs fut présentée au
gouvernement de l'époque ; mais ce gouvernement, avant sa chute,
n'accusa pas même réception de la pétition.
Maintenant quelle était la situation quand nous arrivâmes au pouvoir en
1878. Nous vîmes que le gouvernement précédent n'avait pris aucune
mesures, qu'il n'avait voulu ni écouter ni discuter les griefs des
Métis. En 1869, nous avons fait l'acquisition de ce pays, et en 1870 le
Manitoba fut constitué en province.
Plusieurs se rappellent, et ce sont des faits qui appartiennent à
l'histoire du pays, qu'en 1870, afin d'obtenir la paix, la tranquilité
et l'ordre et de fait, pour entrer paisiblement en possession du pays,
on dût conclure un arrangement qui nous donne la Possession, le
contrôle de cette province. Pour en arriver là, le gouvernement d'alors
entama avec certains délégués de la province du Manitoba des
négociations qui aboutirent à l'acte de 1870, qui constituait la
province du Manitoba.
Cet acte stipulait qu'afin d'éteindre les titres des sauvages,
1,400,000 acres de terre seraient accordés aux familles des Métis
établis dans cette province. Il ne s'agissait pas tant de savoir s'ils
avaient ou non droit à ces terres, que de faire un arrangement avec,
les habitants de cette province, afin de constituer une province de
fait, dans le but d'y faire pénétrer la loi et l'ordre et d'affirmer la
souveraineté de la Confédération. La Compagnie de la Baie d'Hudson
avait garanti certains droits et reconnu certains titres aux terres le
long de la rivière Rouge et de l'Assiniboine, et après des calculs
minutieux on a pensé que 1,400,000 acres de terre suffisaient amplement
à compenser ce qu'on appelait l'extinction du titre sauvage.
Cette expression était incorrecte, parce que les Métis ne voulaient pas
être des sauvages. S'ils sont sauvages, ils iront avec les tribus;
s'ils sont Métis, ce sont des blancs, et à l'égard de la Compagnie de
la Baie-d'Hudson et du Canada, ils occupent exactement la même position
que s'ils étaient tout à fait blancs. C'est en vertu de ce principe que
l'arrangement a été conclu et la province constituée. Tous les blancs
qui n'avaient pas perdu leurs terres par défaut d'occupation ou par
acquiescement tacite à l'ancienne province d'Assiniboine, eurent la
permission de garder leurs terres. En ce qui concernait les Métis,
1,400,000 acres de terre furent réservées dans le but de répondre à
leurs réclamations.
Le lieutenant-gouverneur Archibald, le premier gouverneur de la
province, fut chargé de faire un recensement, et rapport fût fait qu'il
y avait 10,000 familles métisses qui avaient droit à ces terres. Si on
s'en était tenu à ce recensement il n'y aurait pas eu de difficultés.
C'était un recensement aussi exact qu'il était possible d'en faire dans
un nouveau pays, ne possédant pas d'institutions municipales ni de
moyens d'énumérer les habitants un par un. Mais c'était un recensement
exact, et l'on avait assigné 1,400,000 acres de terre pour répondre aux
réclamations des Métis; et si ce recensement avaient été approuvé, il
n'y aurait jamais eu de soulèvement. Mais quand nous abandonnâmes le
pouvoir on jugea nécessaire de détruire tout ce que nous avions fait.
Il plut au gouvernement qui nous succéda de dire qu'il n'y avait pas
10,000 Métis dans cette province, et il ordonna un nouveau recensement
; il nomma. M. Matthew Ryan et M. Machar-ce dernier est un homme au
sujet duquel l'honorable député de Huron-Sud connaît quelque chose-dans
le but de défaire, je ne veux pas dire de défaire, mais d'écarter le
recensement que l'on avait déjà fait. C'est Ie cas, M. l'Orateur-, si
on s'en était tenu à ce premier recensement, il n'y aurait pas eu de
difficulté. Mais cela ne faisait pas l'affaire des honorables messieurs
d'accepter ce recensement du sorte que les réclamations des Métis
furent achetées par des spéculateurs blancs et devinrent une
malédiction au lieu d'un bienfait; on me dit qu'on peut voir encore la
preuve de ce fait dans les environs de Winnipeg, où au lieu de voir de
jolies Fermes, la terre est vacante et non défrichée, parce-ce que
c'est la terre achetée du Métis porteur d'un certificat par les
spéculateurs, pour une bagatelle.
Puis, M. l'Orateur, après avoir passé la législation nécessaire pour
constituer la province du Manitoba, en 1870, le parlement réserve
1,400,000 acres de terres pour distribuer aux enfants des Métis,
résidant dans la province à la date du transfert, laquelle date, pour
les fins de l'acte fut fixée au 15 juillet 1870. On se procura une
liste de ceux qui avaient droit à cette répartition au moyen d'un
recensement fait par le lieutenant-gouverneur Archibald en décembre
1870. Ce recensement en portait le nombre à 10,000. On décida alors
d'accorder à chaque Métis une concession gratuite de 140 acres de
terres pour éteindre le titre des sauvages. Mais on souleva la question
de savoir si l'interprétation légale de l'Acte du Manitoba permettait
aux chefs de famille d'obtenir une part des 1,400,000 acres rérvees par
l'acte. Cette question ayant été soumise aux avocats de la Couronne,
ils décidèrent que les chefs de familles métis n'avaient pas ce droit ;
et le gouvernement du jour conclut alors qu'il y avait une telle
réduction dans le nombre des personnes admises au partage, conformément
à la décision des avocats de la couronne, que cela permettrait aux
enfants des chefs de familles métis, nés à l'époque du transfert, de
recevoir une concession de 190 acres chacun. Le titre sauvage des chefs
de familles métis fut éteint, en vertu d'un acte passé en 1884 (37
Vict., chap. 20) par l'émission de certificats de $120 à chacun,
c'est-à dire, à la mère comme au père. Par le recensement fait sous la
direction du lieutenant-gouverneur, Archibald, une concession de 190
acre, fût faite à chaque enfant métis, en 1873, toute, les terres
affectées à cette fin ayant été préalablement arpentées dans ce but. On
se rappellera cependant que dans l'automne 1873, il y eut un changement
de gouvernement, et ceux qui devinrent alors responsables de
l'administration des affaires publiques conformément à leur tactique
habituelle de tenverser ces actes de leurs prédécesseurs, et aussi afin
de créer des emplois pour leurs partisans affamés, se hâtèrent d'en
arriver à la conclusion que le recensement des Métis n'était pas
suffisant et qu'il fallait en faire un nouveau; conséquemment, en mai
1875, près du deux ans après que la question fut réglée d'un façon
satisfaisante, une commission composée de M. Mathew Ryan et M. Machar
fut envoyée dans les diverses paroisses.
Les commissaires soumirent leur premier rapport au gouverneur général
en conseil en mars 1876, et en l'examinant, on voit que les
commissaires y déclarent qu'il est incomplet et que l'agent des terres
fédérales à Winnipeg était autorisé à continuer ces recherches. Par
suite de I'état incomplet de la liste, le chiffre réel des enfants
métis établis qu'ils avaient droit à leur part dans les 1,400,000 acres
était de beaucoup diminuer; malgré toutes ces erreurs, le gouvernement
préféra le travail de ses propres énumérateurs incompétents, accompli
de la manière la plus négligente, environ six ans après le transfert,
au recensement fait avec soin sous la surveillance de M. Archibald,
immédiatement après le transfert et alors qu'il était naturellement
plus facile de constater les faits qui à l'époque de la compilation
faite par MM. Ryan et Machar.
Le chiffre réel des réclamants, suivant MM. Ryan et Machar, était de
5,088. En 1876, l'agent des terres fédérales en signala 226; autres.
Vers le même temps, Ie ministre de l'intérieur d'alors en vint à la
conclusion que 500 autres Métis auraient probablement droit de
participer à cette répartition, et avec une singulière générosité de
coeur, il décida de donner à chaque enfant métis qui avait droit à sa
part de cette réserve un titre gratuit pour 240 acres. Ceci paraissait
libéral de prime d'abord, mais comme question de fait, avant cette
date, et désespérant de jamais obtenir leurs lettres patentes, la
plupart des réclamants avait vendu leurs droits pour une bagatelle à
des spéculateurs amis du gouvernement, et c'est envers ces derniers, et
non envers les Métis, que Ie gouvernement se montrait aussi généreux.
Si l'on veux la preuve de ce fait, on peut la trouver facilement dans
la répartition des terres, et dans le fait que lorsque le gouvernement
actuel remonta au pouvoir en 1878, il constata non seulement que les
Métis de Saint-Boniface, Saint-Norbert, Saint-François-Xavier, Baie
Saint-Paul et Saint-Agathe, qui comptaient plus de la moitié de la
population métisse à laquelle on devait distribuer des terres de la
réserve, n'avaient pas reçu leurs lettres patentes, mais que la
répartition n'avait pas même été faite. Ainsi, M. l'Orateur, nous
voyons que le gouvernement d'alors a diminué Ie chiffre des Métis, et
qu'au lieu de 150 ou 190 acres de terres aux Métis, il en a livré 240
aux spéculateurs qui disaient avoir acheté des Métis. Et que voit-on
aujourd'hui? Que la différence des cinq mille et des dix mille Métis
est maintenaient dans les prairies et réclame les terrains dont les
honorables messieurs de la gauche les ont dépouillés. lls réclament
aujourd'hui les terres et trouvent un avocat dans la personne de
L'honorable député de Durham (M. Blake). Il récIament les terres qu'ils
devraient avoir depuis longtemps; ils réclament ce qu'ils auraient dû
avoir raisonnablement, si Ie Gouvernement de cette époque avait accepté
le recensement fait sous la surveillance de M. Archibald, au lieu d'en
réduire Ie chiffre de moitié afin de doubler les bénéfices de leurs
amis d'alors. Mais, M. l'Orateur, pour parler un peu plus au long de la
conduite du dernier gouvernement, qu'on me permette, d'appeler
l'attention de la Chambre, pour un instant, sur la conduite suivie par
le ministre de l'intérieur par l'entremise de son propre fonctionnaire,
M. Ryan. M. Ryan était un des commissaires nommés pour s'enquérir des
réclamations que les Métis de là pouvaient avoir dans le Manitoba. M.
Ryan télégraphia ou écrivit au département pour lui demander la
permission de s'enquérir des réclamations des habitants de là. Il
demanda la permission de parcourir la pays et de régler les
réclamations. Qu'a répondu le ministre? Vous ne ferez rien de tel,
a-t-il répondu. Ainsi que la chose a été constatée par les documents
qui ont été lus en partie par le chef de la gauche, on voit que M. Ryan
avait été d'abord nommé avec M. Machar. Plus tard, sa commission a été
étendue et on lui a dit d'aller trouver les réclamants et de voir ce
que l'on pouvait faire. M. Ryan, entre autres télégrammes, envoya le
suivant:
"28 juin 1878.-Les Métis me pressent. Le délai pour faire I'enquête sera-t-il prolongé ?"
M. Laird télégraphia de Battleford
"24 juin 1878.-Le délai pour l'enquête des réclamations des Métis en
vertus de l'ordre du 14 juin 1876 est-écoulé; je recommande que le
délai soit prolongé d'une année; M. Ryan est maintenant ici ; les
réclamants attendant une réponse."
Cette prolongation de pouvoirs fut refusé et jamais l'enquête ne fut faite.
M. MILLS: L'honorable monsieur sait que Ie délai fut prolongé et que M. Duff fut nommé.
Sir JOHN A. MACDONALD: Je trouve aussi ce document écrit par M. Codd, agent des terres fédérales à Winnipeg, Ie 16 mars 1877:
"J'ai l'honneur de soumettre à votre considération le document suivant
du commissaire de police Ryan. La chose n'étant pas de celles que
m'impose mon devoir, permettez-moi de faire remarquer qu'il ne semble
pas bien pour le gouvernement de forcer les Métis à prouver leurs
réclamations."
C'est le conseil de M. Codd. La lettre porte les mots suivants, écrits
en travers les lignes, et de l'écriture de l'honorable député de
Bothwell, alors ministre de l'intérieur:
"Il est inutile de chercher ceux qui ont des réclamations à faire
valoir. S'ils ont souci de leurs intérêts, ils se présenteront
eux-mêmes pour les établir."
Et voici comment tous les droits, toutes les réclamations de ces; gens
étaient méconnus quand nous arrivâmes au pouvoir. Il a été dit que ces
gens n'avaient pas des droits plus étendus que les blancs, et je ne dis
pas que la logique de l'honorable monsieur était en cela mauvaise; mais
s'il en est ainsi je ne puis comprendre la raison de ce long
réquisitoire que l'honorable monsieur a fait contre les successeurs
d'un gouvernement dont il faisait partie.
La question était très difficile. Comme je l'ai déjà dit, la
colonisation du Nord-Ouest se bornait au Manitoba. Il y avait bien peu
de Métis en dehors de cette province. Qu'ils eussent des; droits ou
non, il fallait rétablir la paix. Il fallait établir un gouvernement et
organiser la nouvelle province du Manitoba, et voilà pourquoi on fit la
grande concession de 1,400,000 acres de terres à ceux des Métis qui
avaient des droits le long du la rivière Assiniboine et de la rivière
Rouge. En dehors de ces cas, la question était ouverte, comme le
démentis la dépêche de l'honorable monsieur. Les Métis devaient être
retardés ou comme blancs, ou comme sauvages. Nombre de gens se
montrèrent en partie sauvages en se présentant pour obtenir des dons,
des annuités, des secours ; d'autres vinrent se dire blancs et
voulaient être considérés comme blancs, et à ce titre ils avaient les
mêmes droits que tout homme blanc vivant au dehors du Manitoba qui
s'était établi avant le 15 juillet 1870. Ces droits n'ont jamais élé
Liés.
Jamais un seul Métis n'a été dépossédé de sa terre. Pas un seul blanc
qui était établi là avant que nous fîmes l'acquisition, n'a jamais été
dépossédé de son terrain. Aucun acte d'oppression n'a été signalé par
l'honorable monsieur. Aucun homme n'est venu lui dire: "J'ai perdu ma
maison et ma terre," ou qu'il ait été dérangé de quelque manière que ce
soit comme cela est arrivé en 1870. Personne ne prétend qu'il y a eu
suppression, ou ne peut prétendre que jamais le gouvernement ait évincé
personne, ni homme, ni femme, ni enfant dans le Nord-Ouest. Nous
n'avons eu la possession qu'en 1870 nous n'avons pu d'abord
qu'introduire lentement et graduellement une forme de gouvernement
depuis 1870.
Les choses se font passées bien pacifiquement mais lentement de 1870 à
1873, alors que nous avons remis la responsabilité du gouvernement aux
honorables messieurs de la gauche. De 1873 à 1878, pas une seule
démarche ne fut faite pour faire jutstice aux droits des sauvages, des
Métis et des blancs. C'est une page blanche dans l'histoire du Canada.
Quelles démarches les honorables messieurs de la gauche ont-ils faites
pour régler la question des limites entre chaque terre et pour faire
faire les arpentages le long des rivières ? Voyez cette carte, M.
l'Orateur, et elle vous dira ce qu'ils ont fait dans ces cinq ans, elle
dira aussi ce que nous avons fait depuis que nous sommes revenus au
pouvoir. Ils ne firent aucune démarche. Assurément les pauvres gens qui
vivent là auraient eu une triste vie si un gouvernement conservateur
n'était venu au pouvoir pour renverser la politique grite, qui ne
visait qu'à les soulever.
Durant cinq ans, M. l'Orateur, ils ne savaient guère Ie tort qu'ils
souffraient. Ils vivaient dans leurs maisons ou dans les bois sans se
plaindre. Ils ne savaient pas qu'ils fussent opprimés ou maltraités.
Il fallut les déclarations des honorables messieurs de la gauche et de
toute la presse radicale pour leur faire savoir qu'ils allaient perdre
leurs propriétés, et je tiens responsable Ie parti grit de la Chambre
et au dehors de la Chambre non seulement de la rébellion, mais aussi de
toutes ses conséquences.
Pourquoi le peuple aurait-il été plus malheureux de 1878 à 1884 qu'il
ne l'a été de 1873 à 1878 ? Est-ce que les circonstances n'étaient pas
les mêmes ? A-t-on essayé d'enlever aux colons leurs terres ? Non,
monsieur, ceux-ci étaient en mars 1885 dans la même position qu'ils
occupaient lorsque les honorables messieurs de la gauche étaient au
pouvoir. Ils ont vécu heureux, paisibles et contents jusqu'à ce que des
agitateurs politiques les aient soulevés pour des fins les moins
avouables.
Dans les grands tournois politiques, les partis sont sujets à s'oublier et à dévier de la ligne droite.
M. MILLS: Ecoutez! écoutez! le bill du cens électoral.
Sir JOHN A. MACDONALD: L'honorable député de Bolhwell a bien voulu
parler de droiture: mais je crois que, sur ce point, du moins, je viens
de lui montrer qu'il aurait mieux fait de se taire. L'honorable député
qui vient ici dans le but d'appuyer l'honorable chef de la gauche (M.
Blake) et qui, depuis Ie commencement de son administration a essayé
d'anéantir les droite ou, plutôt les réclamations de ces gens,
l'honorable député, dis-je, parle aujourd'hui en faveur de ces droits.
Mais je dis que les deux partis politiques peuvent se tromper; il y a
matière à erreur, mais dans ce cas-ci, cette excuse n'existe pas. Ce
tournoi n'est pas seulement dans le but d'emporter des avantages
politiques, mais il a aussi pour but de mettre ces pauvres colons au
pouvoir de ceux qui spéculent sur le domaine public. Je suis convaincu
qu'à l'heure qu'il est il n'y a pas une seule réclamation qui ne soit
engagée. Je crois aussi que les blancs ont acheté ces réclamations et
que les Métis ne seront pas plus riches quand bien même ces
réclamations seraient reconnues: Peut-être l'honorable député de Huron
(M. Cameron) pourrait nous en dire quelque chose ?
M. CAMERON (Huron): Demandez à l'honorable député de Hastings (M. White) et à l'honorable ministre des douanes.
Sir JOHN A. MACDONALD: Mon honorable ami (M. Bowell) me rappelle
justement un fait à propos des fréquentes interruptions de l'honorable
député de Huron (M. Cameron). L'honorable chef de la gauche s'est déjà
plaint du retard éprouvé dans l'émulsion des patentes, et j'espère bien
que l'honorable député de Huron nous fera un discours sur cet important
sujet.
Mais il y a au département de l'intérieur une lettre du député de Huron
demandant qu'aucun titre ne soit donné à un certain colon parce que
celui-ci serait endetté au susdit député pour la montant de $3,000.
M. CAMERON (Huron): Pourquoi pas?
Sir JOHN A. MACDONALD: Ce sont des hommes comme lui que nous tenons
responsables des troubles du Nord-Ouest. Enfin ceux qui vont là dans le
but de faire fortune à même les pauvres colons. Mais heureusement nous
avons des lois pour protéger les colons contre les spéculateurs.
Il est probable que Ie député de Huron votera pour censurer le
gouvernement, mais rappelons-nous bien que c'est lui qui demande de
retenir la titre de l'un de ces colons avant que celui-ci lui ait payer
sa réclamation.
Quand nous sommes arrivés au pouvoir, en 1878, il nous a fallu examiner
cette question. Le gouvernement qui nous a précédés a méconnu les
droits des Métis et a refusé de remédier à leurs griefs, exposés par
son propre agent, M. Mathew Ryan. Jusqu'à 1879 il n'y avait pas de
pouvoir légal pour disposer de la question d'une manière équitable et
loyale. Mais, en 1879, nous avons pris sur nous de nous occuper de la
question et de la régler Ie mieux possible. Notre seul désir était de
rendre justice au Nord-Ouest et au pays en général. Nous venions de
reprendre le pouvoir qui avait été arraché des mains de nos
prédécesseurs par la majorité du peuple. Nous avions par conséquent
tout à gagner en agissant avec droiture, et nous avons fait tout en
notre pouvoir pour y arriver. Qu'avons-nous fait ? Nous avons écrit aux
principaux hommes du Nord-Ouest. Nous avons écrit à l'archevêque Taché
et à d'autres évêques dont l'honorable monsieur a parlé; nous avons
écrit aussi à M. Laird, et nous avons eu l'opinion de ces hommes
marquants, et suivant eux nous ne devions pas accorder de scrip. lls
étaient pareillement opposés à l'octroi des lettres patentes en faveur
des Métis.
L'honorable monsieur n'a pas dit que le colonel Dennis, mon digne et
respectable député -qui, aujourd'hui, je regrette de le dire, s'est
retiré- il n'a pas dit qu'il avait écrit cette dépêche remarquable à
laquelle l'honorable monsieur a fait allusion, dépêche honorable pour
lui et honorable pour moi, dans une certaine mesure, vu que j'ai
sanctionné ,chaque mot qu'il a écrit, dépêche demandant ce qu'il y
avait de mieux à faire pour ces gens, pour les soustraire à leur propre
imprévoyance et leur accorder leurs droits, en tant que la chose était
compatible avec la prospérité générale du pays. Au risque d'être un peu
ennuyeux, je vais examiner ce que ces honorables messieurs ont dit. Il
est inutile de lire la dépêche confidentielle ou lettre du coIonel
Dennis, car l'honorable monsieur y a fait suffisamment allusion; mais
prenons la réponse de l'archevêque Taché. Personne ne doute que Sa
Grandeur ne soit favorable aux sauvages; personne ne peut douter que
Mgr l'archevêque Taché ne soit favorable aux Métis et n'ait recommandé
ce qui était de mieux pour les Métis; a-t-il recommandé de leur
accorder des scrips? A-t-il conseillé de donner des terres pour rien ?
Non, M. l'Orateur, son opinion est toute différente. L'honorable
monsieur a lu une partie de cette lettre dans laquelle il déclare que
les Métis sont très susceptibles, qu'ils ressentent l'injure ou
l'insulte; de fait que tous les jours, ils ont honte de leur origine,
et ainsi de suite.
Voyons ce que dit l'archevêque:
"Chacun reconnaît l'opportunité pour les Métis de se fixer définitivement sur les terres, de les cultiver.
Je prends la liberté de proposer une mesure.
a. J'estime qu'il y a 1200 familles métisses dans le Nord-Ouest. Que le
gouvernement leur assigne douze réserves dans les lieux qu'ils
préféreront.
b. Chaque réserve devant comprendre 100 familles au moins et une de terre arable, c'est-à-dire l'étendue de quatre townchips.
c. Tout les hommes et enfants métis, résidant dans le Nord-Ouest le
premier janvier 1879, devraient recevoir deux autres certificats
négociables pour quatre-vingts acres de terre chacun à être choisis par
eux dans une des douze réserves plus haut mentionnées.
d. Les dits terrains ne devant être ni vendus, ni hypothéqués, ni taxés
avant qu'ils aient passé à au moins la troisième génération à partir de
ceux qui les ont reçus ou leurs représentants; car je suis fort porté à
croire que ces terrains devraient être absolument inaliénables; et une
telle idée ne saurait paraitre déraisonnable à ceux qui considèrent les
avantages découlant d'une semblable politique, en ce qui concerne les
biens réels et inaliénables des nobles."
Or, M. l'Orateur, tout Métis du Nord-Ouest qui ne demande pas à se
ranger parmi les Sauvages, et n'a pas accepté en qualité de sauvage,
appartenant à une tribu sauvage et jouissant de tous les avantages
accordés à un sauvage, et ils sont considérables, car les traités sont
libéraux, les octrois considérables, l'approvisionnement d'instruments
aratoires, de bestiaux, de grain, et ainsi de suite, très généreux, en
général-et tout Métis qui préfère être sauvage peut aller avec sa
tribu- mais tout métis qui dit: "Je veux être considéré comme blanc," a
tous les pivilèges d'un blanc-il peut obtenir ses 160 acres de terres,
et après les avoir cultivées trois ans, il en reçoit un titre.
L'ami des Métis, Sa Grandeur Mgr Taché, conseillait de n'accorder le
titre qu'à la troisième génération ; mais nous proposons de Ie leur
accorder après trois ans de culture.
Quand nous considérons cette chose, pensez-vous qu'on ne devrait pas
réfléchir avant de leur accorder ces terrains que Mgr Taché nous
conseille de ne point leur accorder maintenant. Si nous examinons les
différentes recommandations des divers corps du Nord-Ouest, nous
obtenons le même résultat. L'évêque MacLean, qui connaissait bien le
pays, n'était pas en faveur de l'octroi du titre de ces gens. L'évêque
de la terre de Rupert, qui s'est rendu là dernièrement, dit franchement
qu'il y a été trop peu de temps pour juger de l'état de choses, et
partant, il n'émet aucune opinion.
Mais que dit le conseil du Nord-Ouest de 1878 ? L'honorable monsieur en
a cité une partie, mais n'a pas tout cité. Je n'ai pas l'original du
document, mais je vais lire une lettre de M. Matthew Ryan, qui était
membre du conseil qui a passé l'ordre. Voici la résolution passée par
le conseil du Nord-Ouest:
"Que vu le fait que des concessions de terres et des émissions de scrip
ont été faites aux Métis de Manitoba pour l'extinction du titre sauvage
aux terres de cette province, il y aura des mécontentements parmis les
Métis des Territoires, à moins qu'ils ne reçoivent quelque
considérations semblable; que cette considération tendrait beaucoup, à
l'avantage des Métis, si elle était donnée sous forme de billet de
résidence non négociable pour, disons, 160 acres à chaque Métis chef
d'une famille et à chaque enfant métis ; à l'époque du transfert au
Canada, le billet devant être émis immédiatement à tout Métis de
dix-huit ans ou plus qui prouvera sa réclamation; que chaque Métis
obtenant tel billet de résidence devrait être autorisé à s'établir sur
toute terre fédérale inoccupée, mais le titre de la terre ainsi
enregistré devrait rester entre les mains de la couronne pendant dix
ans."
La recommandation de l'archevêque Taché était que Ie titre ne fût
accordé aux Métis qu'après trois Générations. La recommandation du
conseil, qu'il ne leur fût donné qu'après dix ans. Quelle a été la
politique du gouvernement ? Prenez vos 160 acres; prenez votre
préemption pour 160 acres de plus et vous serez aussi bien qu'un blanc
et vous aurez votre titre après trois ans, quoique nous aient dit
l'archevêque et le conseil du Nord-Ouest. Nous le gouvernement du
Canada, avons plus de confiance dans les Métis que n'en ont eu et leur
propre archevêque et leur conseil. Nous leur disons: "Nous vous donnons
le terrain ; occupez-Ie, cultivez-le, soyez heureux, et au bout de
trois ans vous obtiendrez vos titres pour 160 acres et deviendrez des
propriétaires libres et indépendants dans le Nord-Ouest. Ce
gouvernement paternel ne vous soumettra pas aux inconvénients auxquels
ont voulu vous soumettre vos propres amis du Nord-Ouest. Bien que nous
soyons éloigné, bien que nous ne vous connaissions pas, bien que nous
soyons accusés de vous traiter injustement, nous avons plus de
confiance en vous que vos propres amis. Nous ne vous demanderons pas de
rester esclaves du sol pendant trois générations, nous ne vous
demanderons pas de rester dix ans sans titre. Nous vous disons que dans
trois ans, vous pourrez aller occuper vos terres, et que Dieu vous
bénisse."
C'est là, M. l'Orateur, la politique du gouvernerment, et c'est la
politique que l'honorable monsieur a blamé, et condamnée. La politique
du gouvernement a été généreuse, réfléchie, et, rappelez-vous, M.
l'Orateur, que le gouvernement a maintenu que le territoire y était
occupé par les Métis et qu'ils avaient droit d'y aller le 15 juillet
1870, que ce territoire leur appartenait et que le gouvernement ne
pouvait pas les en priver. L'acte de la Confédération le leur a donné.
Les lois fédérales adoptées, je ne sais pas si c'est par nous et si
elle.ont été amendées dans la suite par les honorables messieurs de la
gauche, les lois fédérales, dis-je, déclarent qu'ayant occupé le
territoire avant que l'acte ne fût adopté, tout homme, toute femme et
tout enfant ont aujourd'hui un droit imprescriptible à leurs terres,
qu'elles soient dans les sections impaires ou dans les sections paires.
L'acte dit que partout où il y a des terres non arpentées, la personne
trouvée en possession de cette terre, la gardera ; non seulement les
Métis anglais ou français, mais, tous les colons blancs, tous les
hommes du Nord-Ouest, qu'ils fussent facteurs, ou commis, ou traiteurs
de la Compagnie de la Baie-d'Hudson, avaient leurs droits en vertu de
l'acte des terres félérales. Cet acte n'a touché aucunement aux droits
des colons. Chacun de ces hommes peuvent nous dire: "Nous avons occupé
ce territoire; il nous appartient; nous en obtiendrons un titre, et
cela nous est garanti par l'acte des terres fédérales; mais nous
prendrons, comme colons, 160 acres de terre ailleurs. Chaque Métis a ce
droit. Personne ne pourrait le lui enlever. Personne ne pourrait dire:
"Si vous prenez 160 acres comme homestead vous perdrez votre terre
comme anciens colons." Ils avaient droit à l'un et à l'autre, et ces
réclamations ont été rejetées; ces réclamations sont là aujourd'hui. Et
je vous répète qu'aucun homme, aucune femme n'a été dépossédés depuis
que le gouvernement du Canada a pris possession de ce pays. Eh bien !
M. l'Orateur, que devait faire la gouvernement ? Nous avions tous nos
amis; nous avions l'archevêque; nous avions même M. Jackson, dont
l'honorable monsieur a parlé, et qui, aujourd'hui, représente les Métis
dans la conseil du Nord-Ouest ; nous l'avons vu dire que l'on ne devait
faire aucune concession aux Métis, excepté après une occupation
continue de cinq ans. Il y avait divergence d'opinions; je n'ennuierai
pas la Chambre en lui prouvant qu'il y avait une infinité d'opinions;
on a donné au gouvernement de nombreux conseils sur la meilleure
manière de traiter les Métis, et le gouvernement n'avait qu'une seule
chose à laquelle il devait penser: qu'est-ce qu'il y avait de mieux à
faire pour le peuple, pour le soustraire mème à sa propre imprévoyance
et en même temps, ne pas retarder la colonisation du pays. Cela, M.
l'orateur, peut démontrer à tout homme raisonnable ce que valent les
paroles de l'honorable monsieur qui nous reproche des retards.
Les Métis ne souffraient pas, M. l'Orateur, ils vivaient dans leurs
propres maisons; ils n'avaient pas besoin de terrain, et leur en donner
davantage, c'était leur donner tout simplement rien du tout. Cent
soixante ou 240 acres de terre de plus n'auraient été d'aucune utilité
immédiate pour les Métis, mais ils auraient fait grand bien aux
spéculateurs qui leur disaient qu'ils souffraient et s'en allaient à la
ruine, et qui voulaient qu'ils obtinssent leurs certificats afin de les
leur acheter pour une misérable bagatelle. Non, M. l'Orateur, toute
l'affaire n'a été qu'une farce. Il n'y avait pas de griefs réels, rien
dans tout ce qu'a fait la gouvernement qui blessât réellement leurs
droits. Il est vrai que nous leur avons dernièrement donné des
certificats, mais pourquoi l'avons-nous fait ? Pour maintenir la paix.
Le gouvernement savait, mon honorable ami, sir David Macpherson, Ie
ministre de l'intérieur, savait aussi, que nous ne faisions rien dans
l'intéièt des Métis en leur donnant des certificats, en leur accordant
des terres. Nous avions consulté à ce sujet des hommes d'expériences et
tous sans une seule exception, s'opposaient à ce qu'on donnât tout de
suite des certificats illimités et des patentes immédiates aux Métis.
Mais l'honorable monsieur a modifié ses idées lorsqu'il a été amené
dans le pays. Qui l'a amené dans le pays ? Ce ne sont pas les sauvages,
ce ne sont pas les Métis. Les Métis n'ont pas fourni l'argent; l'argent
fut envoyé par des spéculateurs blancs de Prince-Albert. Ils en
donnèrent à Gabriel Dumont, à Lépine et à d'autre, et ils envoyèrent
chercher Riel pour que celui-ci fut l'agent, l'instrument qu'ils
emploieraient à servir leur objet. C'est aux blancs, aux hommes de
notre race, et non aux Métis, non aux Sauvages qu'il faut attribuer la
guerre, les dommages, les pertes de vies, et ce qui aurait été un
discrédit, n'eût été la bravoure de nos intrépides volontaires.
Maintenant, M. l'Orateur, je puis prouver qu'il y a eu une noire
conspiration. Je suis en état d'établir que le cri de réclamation des
Métis n'était qu'un prétexte. Je suis en état de démontrer que les
blancs ont trempé dans le complot, et je dirais de plus: Je ne veux en
rien accuser Ie député de Durham-Ouest, je ne veux pas donné à entendre
qu'il a été partie à ce complot, mais je lui dirai ceci, et je puis le
prouver, que l'on s'est, sans scrupule, servi de son nom et que l'on
s'est servi sans scrupule du nom de son parti. Ils se sont servis de
son nom, non seulement dans le Nord-Ouest, non seulement auprès des
Métis, non seulement sur toute la frontière, mais ils s'en sont servis
même à Washington. Son nom a été cité à Washington. Je ne crois pas que
l'honorable monsieur soit coupable de quoi que ce soit, mais la chose
ne sert qu'à démontrer ce que ces hommes sont capables de faire.
L'honorable monsieur, laissez-moi le dire de suite, dans son anxiété
d'obtenir des renseignements contre Ie gouvernement, n'est pas très
particulier quant aux personnes de qui il peut les obtenir, ni quant à
la manière dont il les obtient. Je puis le prouver, s'il en est besoin,
et ce, au moyen de sa propre signature, qu'il est allé très loin.
M. BLAKE: Prouvez-le.
Sir JOHN A. MACDONALD: Je le ferai avec une grande répugnance.
J'aimerais savoir d'abord si l'honorable monsieur connaît un homme du
nom de J. E. Brown ?
M. BLAKE: Oui.
Sir JOHN A. MACDONALD: Très-bien. J. E. Brown faisait autrefois partie
de la police à cheval du Nord-Ouest. Il vécut dans cette région et
s'employa à l'occupation utile mais peut-être peu populaire, de
détective. J. E. Brown, dans son ardent désir, non seulement de
corriger les moeurs du Nord-Ouest, mais aussi d'amasser quelques écus,
écrivit à l'honorable député de Durham-Ouest; il lui disait dans cette
lettre qu'il pouvait donner un bon nombre de renseignements, et il lui
demandait en même temps s'il pouvait lui procurer un permis de
circuler. L'honorable monsieur lui répondit qu'il ne pouvait pas lui
procurer de permis, mais qu'il le verrait probablement à Toronto, sinon
il chargeraît un de ses confident de le voir. Eh bien, je n'ai pas la
lettre de l'individu, mais j'ai la réponse de l'honorable monsieur.
Brown doit avoir écrit qu'il faisait une demande dans la but d'obtenir
un emploi du gouvernement fédéral, qu'il serait bon en conséquence que
ses communications fussent tenues secrètes, et qu'après avoir obtenu la
place qu'il recherchait, il donnerait tous les renseignements en sa
possession.
Et puis l'honorable monsieur lui répondit par lettre qu'il tiendrait
ses communications secrètes, jusqu'à ce qu'il eut obtenu son emploi. En
d'autres termes, l'individu devait venir auprès du gouvernement dire
qu'il en était l'ami pour obtenir de l'emploi du gouvernement, après
avoir agi comme espion pour le compte du chef de l'opposition.
L'honorable chef de la gauche semble croire que je n'ai pas ces lettres.
M. BLAKE: Je n'ai pas dit cela.
Sir JOHN A. MACDONALD: Nous allons les lire. M. Blake écrit:
"Ottawa, 7 mai 1885.
Monsieur,-J'ai votre lettre du 6, et je serais de fait très heureux
d'apprendre de vous tout fait quelconque relatif à l'administration des
affaires du Territoire du Nord-Ouest. Je me rendrais volontiers à votre
désir au sujet d'un permis pour Ottawa si la chose était en mon
pouvoir, mais je n'ai pas les moyens de procurer des permis de chemin
de fer. Il est possible, bien que la chose soit loin d'être certaine
que je sois à Toronto, pendant quelques heures dans une couple de
jours, et, si la chose arrive, j'essaierai de vous ménager une
entrevue, ou si encore je ne puis y réussir, je pourrai ménager une
entrevue avec l'un de mes confidents qui prendra note, pour moi seul,
de tout-ce que vous jugerez à propos de lui communiquer, si cela vous
est agréable.
Votre, etc., EDWARD BLAKE.
J. E. Brown, écr."
C'est là, M. l'Orateur, le prélude du jeu.
"Ottawa, 12 mai 1885.
Cher monsieur,-J'ai votre lettre et je demanderai à un ami de vous
rencontrer. Je prendrai soin, comme vous le désirez, que l'on ne fasse
pas usage de votre nom à votre préjudice. Je ne le révélerai point
jusqu'à-ce que vous ayez eu toutes les occasions possibles d'obtenir
une nomination pour les arpentages de cette année, si vous êtes assez
heureux de l'obtenir; mais il n'y aura que peu d'arpentages de fait
cette année. Je me ferais un plaisir de vous aider à obtenir de
l'emploi si la chose était en mon pouvoir, mais je n'ai aucun moyen de
vous aider sous ce rapport.
Avec mes remerciements pour vos bons souhaits.
EDWARD BLAKE.
J. E. BROWN, écr."
Dans son impatience de faire voir que ce gouvernement est mauvais, il
dit à l'individu de persévérer dans sa demande d'emploi, bien qu'il ne
croie pas qu'il y ait beaucoup d'arpentage cette année, et lui promet
de ne pas dévoiler son nom. Puis des renseignements devaient être
donnés par cet homme qui venait implorer des faveurs auprès du
gouvernement, et ces renseignements devaient prouver jusqu'à quel point
le gouvernement faisait tort aux intérêts du pays. Ce n'est pas la
manière dont un honorable député obtient ordinairement ses
renseignements.
Vu la pression continuelle des blancs, vu le fait que les Métis de
Prince-Albert étaient les esclaves des blancs, vu le fait qu'ils
tenaient des assemblées et pouvaient prendre les armes ou faire ce que
leur demandaient les blancs, nous en sommes arrivés à la conclusion
que, bien que nous ne considérions pas la chose dans l'intérêt de la
population des Territoires, cependant, s'ils ne voulaient accepter rien
autre chose -- et nous leur avions offert 160 acres de terre --
s'ils voulaient se mettre à la merci des cormorans, qui les ruinaient
et les tenaient dans l'esclavage et dans l'agitation, vu ces faits,
nous ne pouvions rien y faire; nous vous donnerons des scrips, leur
avons-nous dit bien que nous sachions que cela n'est pas dans votre
intérêt et que vous les vendrez à des spéculateurs qui vous en
donneront une bagatelle ; mais nous ne pouvons rien y faire ; cette
question doit être réglée.
De sorte qu'au dernier moment, avec la plus grande répugnance, je cédai
et me dis: "Qu'ils les boivent ou les gaspillent, nous aurons la paix."
Mon estimable et habile successeur, sir David McPherson, se guida sur
le même principe et on en vint à la même décision en janvier. Nous
savions alors que ce mécontentement se fomentait, poussé par un bon
nombre de ces hommes qui vont aujourd'hui déposer contre les Métis.
Voilà, M. l'Orateur, ce que nous avons fait. Je le dis et j'en appelle
à la Chambre: nous avons agi comme nous devions agir, quand, en 1879,
nous sommes revenus au pouvoir et que nous avons constaté que nos
prédécesseurs n'avaient rien fait pour régler la question, nous nous
sommes adressés aux personnes éminentes de ce pays que nous savions
être les amis des Métis, et elles furent d'accord sur un point, savoir,
que nous ne devions pas mettre ces certificats qui étaient transférés
aux spéculateurs.
Puis, les Métis qui avaient déjà reçu leur part des terres du Manitoba,
prétendirent qu'ils avaient déjà résidé au Manitoba, qu'ils
souffraient, que leurs amis avaient obtenu des terres et des scrips; et
les neuf dixièmes d'entre aux avaient déjà obtenu des certificats du
Manitoba et cherchaient à spéculer au Nord-Ouest. On sait aujourd'hui
que 14 sur les 17 signataires de la pétition avaient déjà eu leur part
de terres au Manitoba. Isidore Dumont, père de Gabriel Dumont, avait sa
terre; il en demanda d'autres, et un de ses griefs fut qu'il ne put pas
obtenir plus de terrain au Nord-Ouest. Gabriel Dumont a non seulement
eu ses 160 acres de terre, tels que promis, mais il avait la meilleure
maison de Batoche. Et il en a été ainsi de bon nombre de ces Métis qui
avaient déjà ou leurs terres et leurs scrips, mais qui voulaient en
avoir d'autres;. L'appétit est venu en mangeant, et bien qu'ils eussent
obtenu beaucoup plus que ce que la loi leur accordaient d'abord, ils
demandaient encore. Si le temps me la permettait, je pourrais vous
prouver plusieurs cas semblables; mais je le ferai peut-être dans une
autre circonstance, vu que l'honorable chef de la gauche a dit que nous
l'entendrons encore parler sur cette question; je prouverai peut-être,
dans une autre circonstance. que lorsqu'on disait que les Métis ne
recevaient pas, quand ils le voulaient, leurs scrips ou leurs 240
acres, ce n'était qu'un simple prétexte; cependant Riel, en venant dans
le pays, n'avait d'autre but que de faire de l'argent. Il est venu pour
les fins les moins avouables possibles, puis a dit une foule de
faussetés. Entre autres choses, il a raconté que l'honorable député de
York-Est (M. Mackenzie), alors qu'il était premier ministre, lui avait
offert $20,000, et que je lui en avais offert $30,000.
L'une des promesses qu'il prétendait qu'on lui avait faites était celle
d'un siège au Sénat ou dans le cabinet. Il exploita ces hommes dans le
but le plus sordide, et plusieurs colons blancs de Prince-Albert
l'encouragèrent, souscrivirent de l'argent pour le faire revenir, tout
cela afin de faire un peu de bruit et d'attirer l'attention sur
Prince-Albert.
Ils prétendaient vouloir faire régler les réclamations des Métis, mais
leur but réel était de mettre de l'argent dans leurs poches.
Je ne retiendrai pas la Chambre plus longtemps ce soir, mais il faut
que cette question soit débattue dans tous ses détails. J'ai dit que je
relèverais les énoncés faits par le chef de l'opposition sur la
question des terres, mais il a confondu toutes les questions. Il
préparait son attaque alors que la Chambre était occupée à discuter le
bill du cens électoral. Il a creusé et creusé profondément. Qu'il
traite la question article par article, phrase par phrase, accusation
par accusation, et je me fais fort de convaincre cette Chambre que les
accusations sont fausses, que le gouvernement est appuyé par l'opinion
de cette Chambre et du pays, parce qu'il a agi au meilleur de son
jugement. Je crois et je sais que nous nous sommes trompés de temps à
autre, et nous sommes au-dessus d'un mesquin amour-propre qui nous
empêcherait de reconnaître que nous avons pu nous tromper. Quand nous
avons constaté qu'il valait mieux changer une de nos décisions, nous
avons été assez courageux et assez honnêtes pour admettre l'erreur, la
corriger et faire des modifications. Qu'est il arrivé ? Je crois que
nous pouvons compter sur des sympathies parmi les blancs du Nord-Ouest
ainsi que parmi les peaux rouges.
M. MILLS: Écoutez! écoutez!
Sir JOHN A. MACDONALD: L'honorable député dit: Écoutez! Écoutez! mais
je puis prouver par le témoignage de tous les sauvages qui ont été sous
les armes, Faiseur-d'Étangs, Gros-Ours, Barbu, Petit Pin et Petit
Peuplier, non seulement qu'ils ont été bien traités, mais que ceux qui
ont été leurs tuteurs, leurs prêtres, admettent que les sauvages
n'avaient aucun grief à redresser; et si vous lisez les journaux du
Nord-Ouest, lisez le Herald de la Saskatchewan, et vous verrez que nous
avons eu tort, que nous avons amadoué les sauvages ; que nous devrions
adopter une nouvelle ligne de conduite, mettre les blancs dans une
meilleure position, enseigner aux sauvages ce que c'est que la loi;
nous ne devons pas les rendre indigents, comme nous avons fait, d'après
ce qu'il disent.
M. MILLS: Écoutez! Écoutez!
Sir JOHN A. MACDONALD: L'honorable député dit: Écontez! Écoutez! Eh
bien ! M. l'Orateur, je suis venu devant la Chambre à maintes reprises
et j'ai exposé l'affaire des sauvages.
J'ai dit que c'était un cas de misère, et, comme chrétiens, nous ne
pouvions pas les laisser mourir de faim. Nous avons fait tout notre
possible pour les rendre capables de se ,supporter eux-mêmes ; nous
avons fait tout ce que nous avons pu pour les engager à cultiver la
terre; nous avons fait tout ce que nous avons pu, en leur fournissant
du bétail, des instruments d'agriculture, et l'instruction, afin de
leur faire quitter la vie nomade pour la vie agricole. Nous avons
obtenu des succès très considérables; pendant notre courte période
d'essai, nous avons eu infiniment plus de succès que les États-Unis
n'en ont eus en vingt-cinq ans. Nous avons obtenu des résultats
étonnants, mais encore une fois nous avons eu les sauvages; et puis,
dans ces Métis incités par des blancs, l'instinct sauvage s'est
éveillé; le désir de piller -oui, et, peut-être aussi Ie désir de
scalper--l'idée sauvage d'une gloire guerrière, qui règne dans Ie coeur
de la plupart des hommes civilisés ou non civilisés, s'est éveillée en
eux ; et, oubliant tous les bienfaits dont ils avaient été comblés,
oubliant tous les présents qui leur avaient été faits, oubliant tout ce
que le gouvernement, les blancs et le parlement du Canada avaient fait
pour eux en essayant de les arracher à la barbarie-oubliant que nous
leur avions donné des réserves, les moyens de cultiver ces réserves, et
les moyens d'apprendre comment les cultiver-oubliant toutes ces choses,
ils se sont soulevés contre nous.
Eh bien, M. l'Orateur, nous ne sommes pas responsables de cela; nous ne
pouvons pas d'un barbare, d'un sauvage, faire un homme civilisé. Voyez
les États-Unis ; voyez les millions qu'ils ont dépensés, pour défendre
leurs frontières; voyez la guerre qui se fait actuellement sur la
frontière du Sud-Ouest, où il se perd infiniment plus de vies parmi les
tribus des Apaches qu'il ne s'en est perdu dans tout notre Nord-Ouest.
C'est une guerre sans gloire et qui a coûté beaucoup de sang; mais les
Américains ne prennent pas la part du rebelle et du traître ; cela est
réservé au chef de l'opposition dans la parlement du Canada. Nous avons
acquis le Nord-Ouest en 1870. Pas une vie n'a été perdue, pas un coup
n'a été frappé, pas une livre ni une piastre n'a été dépensé pour faire
la guerre dans la longue période qui s'est écoulée depuis. Je n'ai pas
hésité à dire à cette Chambre à plusieurs reprises que nous ne pouvions
pas toujours espérer de maintenir la paix avec les sauvages que le
sauvage était toujours un sauvage et tant qu'il ne cesserait pas d'être
sauvage nous aurions toujours devant nous le danger d'une collision, le
danger de la guerre, le danger d'un soulèvement. La seule chose qui me
surprenne c'est que nous ayons pu maintenir la paix si longtemps. C'est
que de 1870 à 1885 pas un seul coup n'ait été frappé, pas un seul
meurtre n'ait été commis, pas une seule vie n'ait été perdue. Voyez les
États-Unis; le long de toute la frontière des États-Unis il y a eu
guerre, des millions ont été dépensés, et les meilleurs et les plus
braves soldats sont tombés. J'ai personnellement connu le général
Custer et j'ai admiré le brave soldat, Ie héros américain, pourtant, il
s' en est allé et il est tombé avec les siens, et pas un seul homme
n'est resté pour raconter la terrible histoire ; ils ont tous été
emportés.
L'armée américaine a perdu des hommes par centaine; le trèsor américain
a perdu de l'argent par millions. Nous, par une réunion de
circonstances malheureuses, nous avons eu une seule guerre
inconsidérément commencée, méchammant commencée, criminellement
commencée par ses instigateur. Nous l'avons rapidement et vaillamment
étouffée; et M. L'Orateur, c'est une consolation de savoir que si des
jeunes gens ont été sacrifiés, si cette Chambre a perdu, comme
conséquence de cette guerre, l'un de ses membre les plus respectés ces
hommes sont allés de leur propre mouvement combattre le combat de leur
pays; ils ont gagné de la gloire et de l'honneur, et ils ont convaincu
non seulement les canadiens -- nous n'avons pas besoin de cette
conviction -- mais la mère-patrie dont nous sommes si fiers de
mériter la bonne opinion, que nous avons une milice aussi bonne que la
sienne, que nous avons des hommes qui, non dressés comme ils le sont,
peuvent néanmoins entendre la voix de la discipline, et qui sont prêts
à faire tout ce qu'on pourrait leur commander pour maintenir l'honneur
de leur pays. Leur conduite a rehaussé la crédit du Canada non
seulement parmi les hommes bien pensants de l'univers, mais même dans
le voisinage sordide de la Bourse. Le crédit du Canada a monté parce
que Ie Canada a prouvé que, comme son propre vengeur, il est digne de
constituer une nation et digne du respect du monde.
M. LAURIER: Je propose l'ajournement du débat.
Motion adoptée.
Sir JOHN A. MACDONALD: Je propose l'ajournement de la Chambre.
La motion est adoptée, et la Chambre s'ajourne à 1 h. a. m., mardi.